Georges Orwell (1903-1950) est passé à l’histoire comme un analyste particulièrement perspicace de la mentalité totalitaire. Son grand roman d’anticipation, 1984, est devenu un classique de la littérature politique. Il aura été parmi les premiers à décrypter la mécanique idéologique de la censure propre à une certaine variété de progressisme qui déréalise les sociétés en les idéologisant radicalement. Surtout, il nous aura appris à reconnaître la corruption idéologique du langage politique lorsqu’il ne cherche plus à nommer la réalité mais à la voiler, ce qui est une constante dans l’histoire des utopies malfaisantes, qu’il s’agisse du marxisme ou du multiculturalisme qui en a hérité. Ce n’est pas sans raison que les défenseurs de la démocratie libérale se sont tournés vers lui à partir des années 1980 lorsqu’elle fut mise en procès par l’idéologie multiculturaliste. Car tout comme le socialisme, le multiculturalisme s’impose par une forme particulière de terreur idéologique, la rectitude politique, dont Orwell aura probablement été le premier théoricien.